Nous étions une quarantaine de personnes le mardi soir 1er avril à la conférence donnée par Annick Peters Custot, Professeure d'histoire médiévale et byzantine à Nantes Université, sur le « Concile de Nicée, histoire et contexte ».
Une conférence passionnante qui nous a permis de mieux comprendre le contexte « politique » dans lequel s’est tenu le Concile de Nicée.
« La conférencière a une façon simple et décomplexée de présenter l'Histoire, rendant vivant et accessible un contexte éloigné du nôtre par l'ancienneté et par la situation géopolitique dans laquelle les faits s'inscrivent. La question qui soutenait l'ensemble de l'intervention était intéressante : Nicée, un concile œcuménique ou un synode impérial ?
Une mise en contexte indispensable en remontant au début du IVème siècle permet de poser la position de l’Église dans l'empire alors au pouvoir. » (Élisabeth)
La conférencière s’est appuyée sur un diaporama très documenté avec de nombreux « textes qu’il nous fallait lire en même temps qu’elle les commentait »
Impossible de faire un compte rendu exhaustif d’une telle conférence.
Cependant, je me risque à quelques échos ci-dessous :
Le Concile s’inscrit dans un contexte historique large, faisant suite à la dernière persécution (Dioclétien de 303 à 306) dans le but de décapiter la secte église. Cela a conduit au premier édit de tolérance par Galère en 311, ce qui a permis la « paix de l’Église » et la sortie de la clandestinité (312-313). Cet édit de tolérance inspire l’édit de Milan en 313 qui accorde aux chrétiens la liberté de suivre leur religion :
« Moi, Constantin Auguste, ainsi que moi, Licinius Auguste, réunis heureusement à Milan pour discuter de tous les problèmes relatifs à la sécurité et au bien public, nous avons cru devoir régler en tout premier lieu, entre autres dispositions de nature à assurer, selon nous, le bien de la majorité́, celles sur lesquelles repose le respect de la divinité, c'est-à-dire, donner aux chrétiens comme à tous, la liberté et la possibilité de suivre la religion de leur choix » (Lactance, La mort des persécuteurs, 48, Sources chrétiennes 38, p. 132-134).,
En 324, après deux courtes guerres séparées par une entente fragile (317 et 324) Constantin l’emporte sur l’empereur d’Orient, Licinius, et réunit les deux parties de l’Empire sous sa seule autorité.
Constantin était un homme préoccupé de l'unité de son empire et des conséquences qu'un schisme religieux pourrait avoir à son endroit, un homme soucieux d'établir la concorde et la paix mais indifférent à orienter ou déterminer ce en quoi il convient de croire.
Il accorde des privilèges à l’institution ecclésiale, la dote d’une personnalité juridique et enrichit l’Église par des legs, des dons impériaux (site sur lequel sera construit l’église du Latran, entres autres).
Annick nous rappelle les enjeux du Concile en 325 :
- Celui de la date de Pâques, pas réglé. Pâque juive ou pas ? (évoqué à Arles en 314)
- Un conflit de pouvoir en Égypte, le schisme mélitien
- Un problème nettement plus grave : une question de doctrine autour de la divinité du Fils et de sa relation au Père avec la diffusion des thèses d’Arius d’Alexandrie vers 318-319 sur le fait que le Fils est une créature du Père.
Fallait-il professer que le Fils de Dieu est véritablement son fils, qu'il a été engendré de lui et non pas créé, tiré du néant ; qu'il existe de toute éternité auprès du Père, qu'il est d'une seule et même substance avec lui ? ou bien laisser les Ariens continuer à prétendre que le Verbe n'est pas éternel, qu'il est lui-même une créature, et par conséquent d'une toute autre nature et substance que Dieu, niant l’égalité de substance du Fils avec le Père ?
Et les décisions essentielles :
- Sur la date de Pâques : accord sur un calcul différent des juifs.
- Sur la question de la doctrine autour de la divinité du Fils avec des débats probablement vifs : Le texte de foi défini à Nicée (325) qui aboutit au Crédo de Nicée que nous connaissons aujourd’hui : le Fils est né du Père, de la substance du Père, et non pas créé, mais engendré ; il est consubstantiel au Père.
Conclusion :
Constantin pontifex maximus (titre donné au grand prêtre à la tête du collège des pontifes. C'est la charge la plus élevée en prestige et en obligations au sein de la religion publique romaine)
Unité et concorde : une lecture providentielle de l’Empire, et une homologie empire/chrétienté
Les canons de l’Église sont appliqués par l’empereur.
Annick s’est appuyé sur de nombreuses sources (*) tout au long de sa conférence. Ces quelques échos ne reflètent qu’une toute petite partie de cette conférence passionnante et les débats qui ont suivis autour du credo de Nicée n‘en furent pas moins constructifs.
Grand merci à Annick
Claude Besson
(*)
- Code théodoosien = Lois religieuses des empereurs romains (Les) de Constantin à Théodose II (312-438). éd. reproduite de Th. MOMMSEN et alii, trad. J. ROUGÉ, introd. R. DELMAIRE, comm. R. DELMAIRE et F. RICHARD, Paris, Les Éditions du Cerf, 2005 et 2009 (Sources Chrétiennes 497 et 531).
- CONSTANTIN, Lettres et discours = CONSTANTIN, Lettres et discours, trad. et comm. P. MARAVAL, Paris, Belles Lettres, 2010, XLV-261 p. (La roue à Livres)
- EUSÈBE DE CÉSARÉE, Vie de Constantin, éd. F. WINKELMANN, introd. L. PIETRI, trad. M.-J. RONDEAU, Paris, Les Éditions du Cerf, 2013, 568 p. (SC 559).
- EUSÈBE DE CÉSARÉE, Histoire ecclésiastique = EUSÈBE DE CÉSARÉE, Histoire ecclésiastique, éd. et trad. G. BARDY, Paris, Les éditions du Cerf, 1952-1960, 1984-19873, 4 vol. : 1: Livres I-IV ; VIII-215 p. ; 2 : Livres V-VII, VIII-238 p. ; 3 : Livres VIII-X et les martyrs de Palestine, VIII-177 p. ; 4 : Index et introduction, 330 p. (SC 31, 41, 55, 73).
- EUSÈBE DE CÉSARÉE, La théologie politique de l’Empire chrétien. Louanges de Constantin (Triakontaétérikos), introd., trad. et notes Pierre MARAVAL, Paris, Les Éditions du Cerf, 2001, 216 p. (Sagesses chrétiennes)