Nous étions une quarantaine de personnes présentes à cette journée Journée de formation autour de l’œuvre de J. Moingt à partir de JP Gallez, Humaniser selon l’Évangile, Karthala, 2023.
Nous étions une quarantaine de personnes présentes à cette journée Journée de formation autour de l’œuvre de J. Moingt à partir de JP Gallez, Humaniser selon l’Évangile, Karthala, 2023.
Après une brève introduction, la journée était structurée en allers et retours entre ateliers et topos.
Les thèmes abordés étaient riches : Humanisme évangélique et Esprit Saint - Préexistence et Incarnation (nouvelle idée de Dieu) - Sacramentalité et apostolicité (l’Église et sa mission).
Quelques clés qui nous étaient proposées :
Clé n° 4 (Humanisme évangélique) : En joignant l’appel des prophètes et la proclamation des Béatitudes par Jésus, le don de l’Esprit révèle le caractère relationnel de l’humanisme du Royaume et la façon dont il éveille la conscience humaine à une voie de salut caractérisée par la fraternité universelle.
Clé n° 13 (Incarnation) : Contre sa volonté, le dogme christologique coupe le Christ en deux sujets : le Fils éternel et l’homme Jésus. Il entretient donc une mythologie fondée dans une mauvaise interprétation du concept de « préexistence ». Pour le dogme, Jésus est Fils parce qu’il est engendré hors du temps selon la nature de Dieu. Pour la tradition apostolique, Jésus est Fils parce que sa résurrection atteste dans l’histoire une relation unique d’origine à Dieu. Le salut est apporté par un homme qui a son origine en Dieu, pas par un être céleste descendu sur terre. L’incarnation n’est pas l’irruption dans le temps d’un Fils préexistant, mais la manifestation plénière de l’éternelle humanisation de Dieu et de la création.
Clé n° 20 (sacramentalité) : La sacramentalité de l’Église s’origine dans sa fondation par l’Esprit, non dans une volonté explicite de Jésus. De cette fondation, elle reçoit la liberté d’inventer ses rites et l’exigence d’en faire les signes de l’humanisme universel de l’Évangile. Baptême et eucharistie sont les témoins de cette fondation et de cette finalité.
et n° 21 (apostolicité) : L’apostolicité concerne tous les chrétiens car elle en recherche l’unité et les charge tous d’annoncer l’Évangile. Sous l’influence du « tournant religieux » du christianisme, elle finit par ne plus concerner que les « clercs » séparés des « laïcs ». Réservée aux premiers, l’annonce de la Parole ne respecte plus la volonté de l’Esprit de la faire circuler à travers tous.
En final : Pour un humanisme évangélique, dans Études, n° 4074 (2007), p. 350…353.
[L’humanisme évangélique], qui trouve sa plus haute expression dans l'amour du prochain, auquel Jésus ramenait la Loi de Dieu en son entièreté, poussé paradoxalement jusqu'à l'amour de l'ennemi, dépasse la simple visée de la moralité avec tous ses préceptes, puisqu'il impose le respect de l'homme autant que la bienveillance ou la compassion, au-delà des sentiments qu’il inspire et des biens qu'on peut lui procurer ou souhaiter, non parce que le prochain est tel ou tel, mais en tant qu'il est homme et, en cela même, digne de l'amour singulier que Dieu lui porte, parce que revêtu par cet amour d'une dignité infinie qui le pénètre au plus intime de l'être. L'apôtre Paul en tirera le principe de l'universel humain, qui interdit d'enclore les individus dans des catégories imperméables les unes aux autres, alors qu'ils doivent trouver, tous ensemble, leur unité dans l'humanité de Jésus : « Il n'y a plus de Juif ou Grec, ni homme libre ou esclave, ni masculin et féminin, car tous, vous ne faites qu'un en Christ Jésus » (Ga 3, 28).
Tel est l'humanisme évangélique que le christianisme a véhiculé au cours de son histoire, qui l'a conduit à faire alliance avec la rationalité grecque, à s'intéresser au sauvetage de la civilisation romaine, à l'éducation civique des « barbares », à l'instruction de la jeunesse, aux soins des malades et des mourants, et à tant d'autres œuvres hautement « humanitaires », et qui a soulevé dans l'Église de si puissants mouvements de spiritualité, produit tant de fruits de sainteté, appris aux chrétiens un « pur amour » de Dieu, d'autant plus libre que désintéressé. Mais toute religion est tentée de manipuler le divin pour s'attacher ses fidèles, de leur offrir la sécurité de ses rites, l'abri de ses enceintes, de leur inspirer confiance dans des traditions immuables, de les subjuguer par l'autorité de médiateurs consacrés. Le christianisme n'a pas échappé à ces tentations. Il en est résulté une opposition quasi permanente, illustrée par tant de conflits au cours des siècles, entre l'esprit évangélique, épris de liberté, et un esprit religieux resté ou redevenu traditionaliste, antagonisme qui a explosé dans les Temps modernes et entraîné jusqu'à nos jours de nombreux chrétiens à chercher dans un monde sécularisé, où beaucoup perdront la foi qui les animait, la « majorité » et l'autonomie que l'Église refusait de leur accorder. Le courant a paru s'inverser, toutefois, à Vatican ii. […] Mais Vatican ii appartient déjà au passé : est-il encore une réserve d'avenir pour les catholiques d'aujourd'hui ? […] il est certes difficile de se faire à l'idée d'un changement de civilisation tel que la religion (en général) serait dépossédée de l'hégémonie qu'elle exerçait sur les sociétés depuis des temps immémoriaux. Tel est pourtant notre présent, et donc notre proche futur, […].
L'Église n'a pas mission de sauver les hommes qu'elle réussirait à attirer à elle, […] d'abord parce que le salut est l'affaire de Dieu et non la sienne […] ensuite parce qu’un salut fatalement restreint […] ne serait pas à la mesure de l'acte créateur ni du projet divin. […] La mission de l’Église est de sauver la foi de l'homme en lui-même que lui inspire la foi au Dieu de Jésus Christ […] elle remplit sa mission en mettant tous ses soins à se tenir en communication avec les personnes, les sociétés et les peuples, [...] dans l'esprit des Béatitudes […].
Une journée très dense et riche avec des évaluations très positives des participants. Quelques-unes parmi tant d’autres : « Très bon les échanges et la logique de Joseph Moingt. Il aurait fallu 2 jours. »
« Belle dynamique de la mise en équipe avant d’aborder les questions conceptuelles. Les questions en petits groupes étaient bien choisies et la pédagogie adaptée pour ne pas se lancer des débats stériles ou pensée unique, mais rester au niveau de la réflexion personnelle et collective. »
« Entendre ce que l’on pense et le partager est une vitamine de l’âme. Merci aussi pour la culture renforcée et la qualité de la communication de J.P. Gallez »
« Journée très vivifiante. Les petits groupes préfigurent de la parole importante de chacun.e. Les apports de J.P. Gallez : une liberté de parole pour une nouvel « aggiornamento » et en vue de l’église pour le 3ème millénaire. »