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Fin du synode : et après ? Bilan et perspectives

. 01 janvier 2025

« Le synode est terminé. Toujours, lorsque quelque chose de bon a prit fin, on s’arrête avec une gratitude, avec étonnement, et avec une frayeur craintive devant le mystère de l’histoire ; et on se demande : « que s’est-il donc réellement passé ? Quel sera l’avenir ? »

Soirée débat du 13 novembre 2024 organisée par la Faculté Loyola de Paris - Intervention de Christoph Théobald.

Intervention de Christoph Théobald sj

Chers amis, je vais commencer par une citation : « Le synode est terminé. Toujours, lorsque quelque chose de bon a prit fin, on s’arrête avec une gratitude, avec étonnement, et avec une frayeur craintive devant le mystère de l’histoire ; et on se demande : « que s’est-il donc réellement passé ? Quel sera l’avenir ? »

Peut-être avez-vous reconnu l’auteur de ce texte ? Je n’y ai changé qu’un seul mot, et remplacé : « concile » par « synode ». Il s’agit du début de la conférence donnée par Karl Rahner à Munich quatre jours après la fin du concile Vatican II. Il me semble que l’extrait que je viens de citer reflète assez bien le sentiment de la plupart des participants du synode le soir même du 26 octobre dernier, dernier jour du synode. Le synode est terminé, toujours lorsque quelque chose de bon a prit fin, on s’arrête avec gratitude, avec étonnement, et avec une frayeur craintive devant le mystère de l’histoire ; et on se demande : que s’est-il réellement passé ? Quel sera l’avenir ?

Le 12 décembre 1965, Karl Rahner ajoute que ce qui vient de se passer est un commencement. Je le cite : « C’est beaucoup, mais ce n’est justement que le commencement du commencement. » Aujourd’hui, ce soir, je dirai : « Le commencement d’une nouvelle culture catholique, tout juste le commencement d’un commencement ». C’est ce que je tenterai de montrer, ayant donné un titre modeste à mon intervention : « Une toute première relecture théologique ».

Je procèderai en trois temps :

  1. Je présenterai d’abord les grandes lignes du document final, qui est accessible maintenant.
  2. Je réfléchirai ensuite aux leviers qu’il nous offre pour l’avenir, c’est à dire la phase de réception du synode.
  3. Et je terminerai en situant l’ensemble du processus dans une histoire à plus long terme.

Première partie : un document ouvert.

il faut d'abord rappeler le titre de document qu’on risque de réduire au terme abstrait de synodalité pour une église synodale : c'est donc une visée qui nécessite un chemin de conversion, terme central du texte qui a été déjà évoqué, et le sous-titre « Communion, participation et mission », trois mots clés, dont celui du milieu pointe vers la nouveauté de ce synode, à savoir le terme de « participation ».

Il faut rappeler que ce terme a été employé pour la première fois dans la constitution sur la liturgie de Vatican II sous la forme d’une participation active, consciente, fructueuse, à l'action liturgique située sur le chemin qui part de l’annonce de la foi, et passe par l'initiation vers la liturgie eucharistique comme sommet et source de toute activité missionnaire de l'Eglise. C'est la thèse du document sur la liturgie. Aujourd’hui, la participation s'exprime donc par la synodalité qui, fondée sur le baptême (j'y reviendrai) s'inscrit en quelque sorte entre l'écoute de la parole à Dieu et la célébration eucharistique, et devient, voilà la nouveauté, le mode de vivre et d’opérer spécifique de l'Eglise peuple de Dieu qui manifeste ainsi concrètement son être de communion, premier des trois mots clés dans le fait de marcher ensemble, orienté vers la mission, troisième mot clé. C’est une citation du texte final. Vous avez donc les trois mots clés : Communion, participation, sur le chemin vers la mission.

Mais regardons d’abord la grande structure du document final.

Il y a donc :

  • Une première partie, après une introduction, le cœur de la synodalité, appelé par l’Esprit-Saint à la conversion.
  • Partie deux : ensemble dans la barque : la conversion des relations.
  • Partie trois : jetez le filet : la conversion des processus.
  • Partie quatre : une pêche abondante : la conversion des liens.
  • Partie cinq : je vous envoie aussi former un peuple de disciples missionnaires.
  • Conclusion : un banquet pour tous les peuples.

Deux remarques préliminaires pour comprendre la structure théologique de ce texte :

Tout d’abord, et ça a déjà été évoqué, la retraite prêchée au tout début du synode par Timothy Radcliffe portait sur les récits de la résurrection de l’évangile selon Saint Jean, chapitres 20 et 21. Ils forment la principale trace biblique de ce texte. Figurant en exergue de chaque partie, vous y trouvez un élément, chaque récit s’ouvre chacun par un paragraphe d’exégèse figurative qui met en relief les personnages du récit et crée ainsi un lien entre l’évangile et les différents personnages du processus synodal.

Deuxième remarque : le maître mot des cinq parties, voire l’enjeux principal de la démarche synodale, est la conversion, qui figure dans quatre des cinq titres. Cette conversion est une démarche à la fois individuelle et collective, inséparablement spirituelle et institutionnelle, impliquant donc aussi une réforme de nos institutions. 

Sur cette base, la structure théologique du texte est aisément compréhensible.

La première partie expose les fondement théologiques et spirituels de la synodalité.

La deuxième parie est consacrée à la conversion des relations qui construisent la communauté chrétienne et façonnent la mission dans l’entrelacement des vocations, charismes et ministères. Il faut lire cette deuxième partie avec la quatrième partie qui articule les relations, leur enracinement local, et s’appuyant sur Vatican II, indique la visée de la conversion de tous nos liens, à savoir l’échange des dons comme expression de la grâce de Dieu, et de la catholicité du peuple de Dieu. L’idée de l’échange des dons est centrale dans le deuxième chapitre de Lumen Gentium. Cette partie est particulièrement importante parce que notre expérience de l’enracinement dans un lieu est en train de muter très profondément.

La troisième partie, située au centre du texte, propose une manière de procéder : le mode de vivre et d’opérer spécifique, le modus vivendi et operandi en latin, qui caractérise la synodalité de l’Eglise, comptant sur la participation de tous, grâce à une réforme de tous les organes de participation. Cette partie doit être lue avec la cinquième partie (la dernière partie) qui porte sur la formation synodale des disciples missionnaires.

Quel est le statut de ce texte ? Et quel en est le périmètre précis ?

Tout le monde a été surpris par la déclaration finale du pape. Je vous la cite : « Je n’ai pas l’intention de publier une exhortation apostolique. Ce que nous avons approuvé est suffisant. Le document contient déjà des indications très concrètes qui peuvent servir de guide pour la mission des Eglises sur les différents continents dans des contextes différents (ce qui est très important).  C’est pourquoi je le mets immédiatement à la disposition de tous. C’est pourquoi j’ai déclaré qu’il devrait être publié (ce qui est une formule juridique très connue : « J’ai déclaré qu’il devait être publié. »). Je veux ainsi reconnaitre la valeur du chemin synodal accompli que je remets par ce document au saint peuple fidèle de Dieu. » Fin de citation de ce discours final que le pape a fait.

Interprétation : Pour une part, le pape François revient ici à une pratique qui a eu cours jusqu’en 1975. Dix ans après l’institution du synode, Paul VI, après une grande crise du synode sur l’évangélisation en 1974, se voit remis le dossier par l’assemblée et publie la première exhortation post-synodale que vous connaissez sans doute : « Evangelii NuntiandiI» (1975). Or, l’actuel document final empreinte le chemin inverse. Remis entre les mains du pape, lui, le pape, le remet immédiatement entre les mains du peuple de Dieu, déclarant ainsi, par un acte de son magistère ordinaire, que le chemin synodal accompli est, et doit devenir, celui du peuple de Dieu tout entier.

Quand est-il des dix groupes d’études ? Je pense plus particulièrement au groupe « 5 » sur des formes ministérielles spécifiques traitant en particulier de l’accès des femmes au diaconat. Ou le groupe « 9 » sur des questions doctrinales, pastorales et éthiques controversées, comme par exemple la présence des LGBTQIA+ dans nos communautés.  Certains, dont je suis, auraient souhaités une troisième session pour recevoir synodalement le travail de ces groupes d’étude.

Entre les deux sessions, le pape et le secrétariat du synode avaient en effet distingué la question de la synodalité, comme dimension constitutive de l’Eglise, question d’ecclésiologie fondamentale selon une expression des théologiens, et toute une série de questions particulières, dont celles que je viens d’évoquer. Voici ce qu’en dit le pape dans sa déclaration finale : « Sur certains aspects de la vie de l’Eglise indiqués dans le document, ainsi que sur les thèmes confiés aux dix groupes d’étude, qui doivent travailler librement pour qu’ils me fassent des propositions, il y a besoin de temps pour arriver à des choix qui impliquent toute l’Eglise. Je resterai donc à l’écoute des évêques et des Eglises qui leurs sont confiées. Il ne s’agit pas de la méthode classique qui consiste à reporter indéfiniment les décisions. C’est plutôt ce qui correspond au style synodal avec lequel le ministère pétrinien s’exerce lui aussi : écouter, convoquer, discerner, décider, évaluer. » C’est ce que le pape a fait en rouvrant dans le document final la question de l’accès des femmes au diaconat à l’encontre de ce qu’il avait dit précédemment dans une de ses interviews et pendant sa visite en Belgique.

Je suis donc confiant.

En revenant au document final, après avoir délimité son paramètre de validité et son ouverture, est-ce qu’il y a un axe théologique, est-ce que ce document a un axe théologique propre et nouveau ?

Ma réponse est clairement « oui ».

Le texte se comprend comme un acte de réception du concile Vatican II « Prolongeant son inspiration et relançant sa force prophétique pour le monde d’aujourd’hui. » Il s’inspire plus particulièrement du choix fondamental pris par le concile, de faire précéder les deux chapitres sur la hiérarchie (dans Lumen Gentium le chapitre 3 et celui sur les laïcs, le chapitre 4), d’un nouveau chapitre sur le peuple de Dieu. J’ai déjà évoqué la nouveauté du synode. Or cette nouveauté provient d’une nouvelle lecture de ce chapitre. Car contrairement à ce qu’on aurait pu attendre, le document final fonde la synodalité de l’Eglise non pas sur la fonction sacerdotale de ce peuple et le sacerdoce commun des fidèles, (pas une seule fois il ne cite le texte de Lumen Gentium X qui introduit la différence entre le sacerdoce commun et le sacerdoce ministériel - pas une seule fois ce texte n’est cité !), mais le synode fonde la synodalité sur le ministère prophétique du Christ Jésus partagé au peuple de Dieu, fonction dont il est largement question dans Lumen Gentium XII. Sans entrer dans des éléments plus techniques, je souligne ce point parce qu’il représente l’axe du texte. Celui-ci relie intimement la manière prophétique de l’Eglise d’accéder à sa propre unité, et la fonction prophétique de cette manière de procéder pour le monde d’aujourd’hui. C’est ce que le document appelle « La synodalité comme prophétie sociale ». Je cite le document : « Les pratiques authentiques de synodalité permettent aux chrétiens de développer une culture capable de prophéties critiques vis-à-vis de la pensée dominante et d’offrir ainsi une contribution particulière à la recherche de réponses à nombre de défis auxquels sont confrontés les sociétés contemporaines ainsi qu’à la construction du bien commun ». Il ne s’agit donc pas uniquement d’une redistribution interne, mais la manière de vivre à l’interne est un acte prophétique dans le monde d’aujourd’hui. 

Cet axe prophétique du texte s’appui sur trois insistances théologiques qui auront des conséquences pastorales concrètes très importantes.

Premièrement : l’égalité baptismale de tous les fidèles quels qu’ils soient. Peu présent à Vatican II, qui s’intéresse davantage à la liberté (vous vous rappelez : la liberté de conscience et la liberté religieuse) cette égalité baptismale est bien affirmée dans Lumen Gentium XII : ce point consiste à mettre en avant la racine unique de la synodalité (ce sont les termes du texte) à savoir : l’égalité baptismale qui fonde aussi et en même temps l’œcuménisme. « Pas de synodalité sans œcuménisme, et pas d’œcuménisme sans synodalité » (n°23). Ensuite, les différences au sein de l’Eglise sont à la fois charismatiques et culturelles. Mais aussi tributaires de nos traditions chrétiennes différentes, comme le montrent par exemple les Eglises Orientales Catholiques, dites « de droit propre ». C’est la première fois qu’un synode traite de cette diversité charismatique quasi infinie, admirable, donnée par l’Esprit-Saint, en lieu avec l’égalité baptismale de tous les fidèles, à réorienter sans cesse par la voix prophétique de la synodalité vers un consensus ou vers l’unité comprise comme harmonie (c’est le nouveau mot qui intervient), comme une différence. Les pasteurs ayant une place constitutive au sein du service de cette harmonie. Ce chemin s’enracine dans l’initiation chrétienne évoquée au début, à savoir le chemin qui va de l’annonce de la foi par le baptême vers la liturgie eucharistique comme sommet et source, chemin catéchuménal (ce qui est sans doute très actuel dans l’Eglise de France) sur lequel la communauté qui vit du baptême et de la confirmation expérimente une toute première forme de synodalité.

Troisièmement, à l’arrière-plan de ce chemin se situe le gout relationnel de la tradition chrétienne également affirmé pour la première fois avec autant de force. Relation il y a, surtout avec les plus pauvres et avec les exclus, toujours enracinée dans des lieux déterminés - tout l’enjeu du document final est la conversion de ces relations et liens. La conversion synodale invite chacun à élargir l’espace de son cœur, et c’est sans doute là aussi sans doute le lieu de la publication de l’encyclique « Dilexit nos » (octobre 2024). Premier lieu où résonnent toutes nos relations enracinées dans la relation personnelle de chacun avec le Christ Jésus et son Eglise. Cette ouverture prophétique vise l’unité du monde tout entier ; elle articule dès maintient la communion des fidèles, comme communauté d’Eglises (au pluriel !), en voie de différenciation et d’unification, grâce à la communion des évêques, la collégialité, le ministère pétrinien de l’évêque de Rome étant être le principe et le fondement de l’unité de l’Eglise (définition du concile Vatican I), et le synode ajoute que le pape est aussi le garant de la synodalité, ce qui lui donne une nouvelle fonction – c’est une réinterprétation des conciles Vatican I et II.

Dans Vatican II, cette articulation est précisée dans le document final - tout en restant orienté de manière prophétique ou messianique vers le règne de Dieu -  le banquet du ressuscité annoncé par le prophète Isaïe, ce qui est la conclusion du document.

Je me tiens à ces quelques indications, étant conscient des grandes lacunes de cette première relecture théologique.

Peut-être avez-vous envie de m’objecter qu’il s’agit de bonnes paroles, de discours, immédiatement contredits par le réel de nos Eglises. Je voudrai honorer cette objection dans une deuxième partie : le document final du synode, un document ouvert, comme je viens de le montrer, posant des balises pour une conversion et une réforme rapide de l’Eglise.

Le Père Rahner, déjà cité au début, a dit un jour sous forme de boutade : « Dans l’Eglise catholique, il est plus aisé d’interpréter les dogmes que de changer les bancs dans une église ». Le synode, je l’affirmai au début, représente tout juste le commencement du commencement d’une nouvelle culture catholique ; Or un changement culturel de cette dimension – le catholicisme est une réalité globale pour notre planète, surtout si on prend le terme dans toute sa largeur – un tel changement ne se commande pas d’en haut. La seule manière d’avancer est en effet de changer les bancs, ou les tables, et de proposer une nouvelle pratique, une nouvelle manière de procéder.

Les chapitres 3 et 5 du document nous fournissent ce nouveau mode de vivre et d’opérer.

Aux plus anciens d’entre-nous, cela rappelle peut-être deux manières de procéder, accréditées par le concile Vatican II, à savoir le dialogue et le discernement des signes des temps, selon la célèbre pédagogie de l’Action Catholique « Voir, juger, agir », pédagogie qui a créée effectivement une culture. Or la nouveauté du synode consiste à les articuler en faisant paraître à l’arrière-plan les deux pratiques centrales de la tradition chrétienne, l’écoute de la parole de Dieu et la célébration de l’eucharistie, celle de la conversation dans l’Esprit. Certes, la méthode synodale ne se réduit pas à cette conversation, qui est une manière de la réaliser. Mais cette manière révèle, je dirai le « cœur » de la méthode synodale, en tant qu’elle réalise et manifeste le centre même de la tradition chrétienne, à savoir l’expérience de l’écoute, de la résonnance en chacun de ce qui est entendu, et la parole qui y répond librement avec parésie. Ça, c’est le cœur de la tradition chrétienne.

L’enjeu ultime de la méthode est en effet d’entendre Dieu lui-même nous parler, voire d’entendre ce que son Esprit dit aujourd’hui aux Eglises (Apocalypse 2, 7 etc). Cela n’est possible que si nous faisons l’expérience du silence, si nos oreilles s’affinent et apprennent à entrer dans ce qu’on peut appeler une écoute stéréophonique, l’écoute de l’autre, des autres, de ce qui se passe dans nos sociétés, du cri des pauvres et de la création, l’écoute de ce que toutes ces voies produisent en chacun de nous, la résonnance, la conscience (ça a été évoqué tout à l’heure).

Le chapitre 3 du document final de la deuxième session inscrit cette conversation dans l’Esprit dans un parcours méthodologique à trois étapes, étroitement liées entre elles : 

  1. Le discernement ecclésial pour la mission, 
  2. L’articulation des processus décisionnels
  3. Leur transparence nécessitant la capacité de ceux qui y sont impliqués d’en rendre compte à d’autres.

J’insiste sur l’étape intermédiaire, à savoir l’articulation des processus de décision. L’utilisation malheureuse de la distinction entre délibération et consultation, devenue dans le droit canonique le vote uniquement consultatif, a enlevé toute confiance en nos institutions cléricales qui consultent beaucoup, mais qui prennent ensuite des décisions où celles et ceux qui ont été consultés ne reconnaissent plus du tout leurs propres propositions. C’est comme ça qu’on a utilisé cette distinction. C’est précisément cette manière de procéder que le document corrige, sans diluer les responsabilités de chacun ; d’où la nécessité de la transparence et de la capacité à rendre compte des décisions prises pour rétablir la confiance : c’est ça l’enjeu du synode.

Il va de soi que ce modus procedenti pouvant inaugurer une nouvelle culture catholique, ne peut devenir un habitus que grâce à une formation intégrale et commune de tous les acteurs pastoraux, et bien sûr des fidèles, selon les recommandations du dernier chapitre du document final.

J’ajoute que les premiers lieux d’exercice de cette manière synodale d’avancer face à un avenir devenu radicalement incertain, sont les organes de participation dans l’Eglise. Conseils de toutes sortes, tombés souvent en désuétude, ou devenus des chambres d’enregistrement de décisions prises ailleurs. Le document final les rend obligatoire, selon leurs contextes, et pose des balises très précises pour leurs formes. Je pense donc que les tous premiers pas d’une conversion et d’une réforme de l’Eglise consiste à changer des bancs ou des tables, à inaugurer une nouvelle manière de procéder, et de nous former à cela. Apprendre à discerner ensemble, à articuler les décisions qui en résultent, et à les relire en fonction de leurs confirmations ou de leurs démentis par le réel, le tout dans un climat fraternel de transparence. Ces balises, pour une conversion et une réforme rapide de l’Eglise, se situent bien sûr dans une histoire longue : c’est ce que je voudrai très brièvement suggérer pour terminer.

J’ai envie de dire que le synode sur la synodalité est le tout premier synode de l’Eglise catholique sur l’Esprit-Saint. Omniprésent dans le document final et dans les interventions du pape François, peut-être aussi, je l’espère au moins, dans le processus synodal lui-même. Le credo de Nicée-Constantinople confesse de l’Esprit-Saint, qu’il a parlé par les prophètes, et le synode reconnait qu’il parle encore aujourd’hui par le ministère prophétique de l’Eglise. C’est cela, à mon avis, l’axe de ce document. Or l’enjeu n’est pas de discourir sur l’Esprit-Saint, mais de se demander comment entendre ensemble ce qu’il dit ici et maintenant aux Eglises.

Comment entendre ?

Finalement, la nouveauté théologique du synode consiste à avoir posé cette question constitutionnelle et d’y avoir répondu en pratiquant et en proposant à l’Eglise toute entière une manière synodale de discerner ce qui a été entendu, et de prendre des décisions en conséquence de manière transparente. Voilà à mon avis le véritable enjeu théologique du synode.

Comprendre ainsi l’enjeu du synode, c’est dire qu’il n’est pas fini, car beaucoup de questions évoquées ce soir seront à traiter dans ce nouveau cadre processuel de balises spirituelles et institutionnelles. Même ce recadrage n’est pas achevé, si l’on considère l’histoire longue de la tradition chrétienne. C’est en particulier la place de la lecture des écritures tant mise en avant par le concile Vatican II, qui à mon avis reste sous-évalué. Il ne suffit pas de mettre les écritures en exergue, encore faut-il qu’elles irriguent l’ensemble du processus.

Deux autres versants du ministère prophétique de l’Eglise conditionnés par une écoute synodale de la voix discrète de l’Esprit sont à situer dans l’histoire longue de la tradition chrétienne. Si le concile Vatican I (1870) s’est centré sur le charisme primatial de l’évêque de Rome, le concile Vatican II a déplacé le projecteur sur la collégialité des évêques, en percevant à peine en celle-ci la représentation de la communion des Eglises. Or l’actuel synode achève ce mouvement d’incarnation en mettant en relief l’égalité de tous les baptisés, et en commençant tout juste à en tirer toutes les conséquences, à la reconnaissance joyeuse de la diversité charismatique, et quant aux relations d’égalités entre hommes et femmes. Si l’Eglise des deux derniers conciles est restée très largement attachée à une vision uniforme de son identité, l’actuel synode commence tout juste à percevoir la riche diversité des contextes d’incarnation, et à en tirer les conséquences quant à une décentralisation, avec un transfert de compétences aux Eglises locales et à leurs regroupements continentaux. Aussi dans le domaine des expressions inculturées de la foi.

Nous sommes en effet tout juste au début d’une nouvelle culture catholique. En croyant en Jésus ressuscité, le synode s’est saisi des « possibles » offerts aujourd’hui par l’Esprit-Saint. Acceptons de ne pas savoir ce que leur mise en œuvre deviendra demain. Faisons de même.

Christoph Théobald

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