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Le livre du mois : février 2025

Aime et ne fais pas ce que tu veux

«Un homme ça s’empêche. Voilà ce qu’est un homme, ou sinon...» Albert Camus
Recension : CCBF
Parution

Ce livre porte sur la question transversale de la toute-puissance et des abus qu’elle engendre. Il nous a semblé utile de réfléchir à deux sur cette question, où le respect et la dynamique de l’altérité sont essentiels. Et nous y avons travaillé pendant cinq ans, en nous interrogeant sur l’idéal de l’amour qui est en arrière-plan de la situation effroyable et pluriséculaire sur laquelle nos sociétés occidentales ouvrent enfin, mais difficilement les yeux.

Il nous semble, et nos premiers lecteurs avec nous, que ce livre n’a pas, à ce jour, d’équivalent. 

L’une des causes du caractère « général » des abus tient au fait que l’amour semble « indiscutable », au-dessus de toute exigence éthique, parce qu’il est l’amour. 

La tradition chrétienne, qui a été pendant de très longs siècles la matrice spirituelle, culturelle et même politique de nos sociétés occidentales, a installé l’idée que l’amour était au-dessus de tout soupçon : si Dieu est amour, l’amour ne peut être qu’irréprochable. Saint Augustin n’avait pas hésité à prôner  « l’intolérance par Amour ».

couverture livre

Dire que les crimes sexuels n’ont rien à voir avec l’amour, semble aller de soi. Cette manière de voir nous semble être la cause très profonde de l’omerta qui a trop longtemps permis à ses crimes de se produire sans que l’on en parle. C’était tout simplement « impensable ». On ne voulait pas voir. Pourtant Freud nous avait prévenus : l’amoureux tend toujours à confondre Toi et Moi. 

Et cette manière de ramener l’autre à soi peut tourner au cauchemar.

Pourtant, la grande littérature, comme les tragédies antiques, dit abondamment que l’amour peut devenir fou et meurtrier. Pourtant les textes de la Bible hébraïque offrent de puissantes ressources pour poser les bases d’un questionnement éthique, pour dire que l’amour doit être interrogé par la « Loi », non seulement le Code pénal, mais la Loi au sens où elle est porteuse d’une tradition de discernement et de récits qui ne cessent d’interroger ceux qui veulent bien les lire attentivement, au sens où elle est pose la question du respect de l’altérité. La tradition juive le dit de manière ramassée : « l’amour sans la loi devient fou, la loi sans amour est injuste ».

Ce qui est en cause, c’est la toute-puissance auto-justifiée par l’idéal de l’Amour ou du Bien. Une toute-puissance qui réduit l’autre à un objet de jouissance, ou qui installe des formes de pouvoir totalitaires au prétexte de faire advenir le bonheur « pour tous » ou pour un peuple exalté !

Tel est l’objet de ce livre, qui va à rebours de bien des stéréotypes. Ce texte dérange, déplace ses lecteurs car il est plus facile de s’en tenir aux lieux communs, à la condamnation des coupables immédiats et la justice doit bien sûr passer que de s’interroger sur ce qui a en quelque sorte sinon enfanté l’horreur, du moins rendu possible qu’elle advienne et qu’on la taise.

Jean-François et moi-même seront bien sûr très heureux d’échanger avec nos lecteurs comme avec tous ceux que de telles questions habitent. N’hésitez pas à nous contacter.
Paule Zellitch
contact@baptises.fr