Dans nos pays, l'Église connaît une reconfiguration en profondeur. Nous assistons à la fin de la civilisation paroissiale et du monopole sacerdotal
La paroisse jadis géographique se fait réseau affinitaire et intensif, dans la mouvance du Christ. Et qui dit réseau, dit aussi noyau, centre… Telle serait la mission du futur Pôle-Blocry (Belgique), se situant dans le sillage des béguinage qui ont fleuri dans notre pays. Ceux-ci étaient des habitats groupés chrétiens, naissant de la base et rassemblant des femmes ou des hommes en quête spirituelle. Ces lieux rayonnaient dans la ville et se développaient parfois en paroisse.
Sept adjectifs pourraient caractériser le Pôle-Blocry : spirituel et chrétien, paroissial, communautaire, intergénérationnel, écologique et ouvert à l’accueil.
Dans les prochaines années…
Celui qui ne regarde pas la crise à la lumière de l’Évangile se contente de faire l’autopsie d’un cadavre. Pape François
J’invite chacun à être audacieux et créatif dans ce devoir de repenser les objectifs, les structures, le style et les méthodes évangélisatrices de leurs propres communautés. François, Evangelii Gaudium, 2013
Notre Église connaît un rapide changement d’époque. Celui-ci s'annonce par des signes qui ne trompent pas: des églises sont désacralisées, la pénurie de prêtres est manifeste, la baisse des vocations, mais aussi de pratiquants est drastique. Sans aucun doute, y aura-t-il de moins en moins de grandes paroisses animées par des prêtres, des diacres ou des laïcs engagés, selon le modèle que nous connaissons encore. Une crise terminale ou une opportunité de faire du neuf?
Les temps changent
Nous sommes maintenant à l'heure de la non-évidence de Dieu et de la suspicion à l'égard des religions instituées. Les "sans religion" deviennent plus nombreux que les fidèles des différentes confessions. Le choc de la science a éloigné les gens du monde de la foi et des croyances. L'horizontal prévaut désormais sur le vertical, la démocratie faisant de nous "une république d'égaux" alors que l'Église catholique est encore tellement hiérarchique. Les jeunes ont appris à être heureux sans Dieu. De plus, la convergence entre les technologies (les fameuses NBIC : nanotechnologies, biotechnologies, informatique et sciences cognitives), ouvre des horizons insoupçonnés et travaille à refaçonner l'homme.
il reste les "valeurs chrétiennes", dit-on, mais elles sont coupées de toute transcendance, sans lien avec l'Évangile du Christ. Elles sont devenues le bien commun. Par ailleurs, nous assistons à un éloignement anthropologique et éthique (cfr la manifestation contre le mariage pour tous, les questions clivantes de l'avortement et de l'euthanasie).
Comme du temps de François d'Assise, l'Église est invitée à renaître par la base, à partir de petites communautés fraternelles. L'image du levain dans la pâte convient si bien ici. Aujourd'hui, les chrétiens sont en effet devenus le "petit reste" évoqué par le prophète Sophonie (3, 12-13). L'Église est désormais "diasporique" (Karl Rahner) et minoritaire. Nous sommes passés de la chrétienté où l'Église surplombait la société à une Église de maisonnées, même s'il demeure une nostalgie de chrétienté qui se traduit par un regain de traditionalisme.
Désormais, les chrétiens sont invités, selon les mots de Paul VI, à se faire conversation, dans le monde virtuel comme dans le monde réel. "L'Église doit entrer en dialogue avec le monde dans lequel elle vit. L'Église se fait parole, l'Église se fait message ; l'Église se fait conversation[1]." Philosophe agnostique, Habermas parle d'une Société postséculière où la parole du croyant en tant que croyant est attendue. François Jullien, autre philosophe, présente le christianisme comme une ressource à offrir à notre société.
Nous assistons donc à la fin de la civilisation paroissiale. Celle-ci était un pivot séculaire de l'institution. Aujourd'hui, on est passé d'une géographie territoriale à une géographie humaine. On vit en réseau.
Une nouvelle figure ecclésiale
Dans la spiritualité catholique, depuis le concile de Trente notamment (16e siècle), tout était centré sur le prêtre. La sanctification se vivait par la fréquentation régulière des sacrements. Ce n'est plus possible aujourd'hui. Quand il n'y a plus de prêtres, n'y aurait-il plus de communauté? Un clergé vieillissant (plus de la moitié des prêtres ont plus de 75 ans) n'est pas très enclin à l'audace demandé par le pape François. Heureusement, il y a la montée du laïcat, mais celui-ci est aussi vieillissant.
Le grand risque serait de se contenter de survivre, les yeux fixés sur le présent à court-terme en prenant pour référence un passé révolu. Or, il s'agit de vivre plus que jamais de façon prophétique, de témoigner de l'audace et de la radicalité chrétienne.
Le Pôle-Blocry, un habitat groupé chrétien, est un projet audacieux au nom de l’Évangile. Sept adjectifs pourraient le caractériser : spirituel et chrétien, paroissial, communautaire, intergénérationnel, écologique et ouvert à l’accueil. Il s’agit de pérenniser notre communauté, de l’ouvrir pour que demain il y ait encore des lieux de ressourcements spirituels et chrétiens[2]. De plus notre communauté actuelle soutient des projets sociaux. Elle y vit dans le coude à coude avec d'autres. Pour que ces projets continuent, il faut une communauté vivante.
Les temps changent et peuvent nous apparaître peu favorables mais, disait le pape François, ne nous laissons pas voler notre espérance! "Voici que je fais toute chose nouvelle", dit le livre de l'Apocalypse (21, 5). "À vin nouveau, outres neuves", disait Jésus (Mt 9, 17).
Charles Delhez sj, curé de Blocry
[1] Paul VI, Ecclesiam suam, (6 août 1964)..
[2] Au rythme actuel, un total de 8 ordinations pour 8 diocèses en 2021, il y aura 400 prêtres de moins de 75 ans dans 50 ans pour la Belgique. Mais sur le même temps, il y a eu 7 défections ! Le maillage territorial ne pourra plus être tenu à l’avenir. Ce sont des lieux de rayonnement qui assureront la transmission de la foi chrétienne.