La réunion avait pour objet de présenter les réflexions émises par plus de soixante personnes engagées dans l’Église, à la suite de la promulgation des orientations diocésaines : « "Avoir la mission au cœur, être au cœur de la mission," du 04/02/2024, par Laurent Percerou, évêque de Nantes. Nous joignons à ce compte rendu le texte de préparation de la rencontre que nous avons élaboré (ci-joint).
Présent.es : Équipe diocésaine : Laurent Percerou, Sébastien de Groulard, François Renaud, Françoise Coquereau, Mathilde Finot, Yolaine Brouillet.
Notre équipe : Agathe Brosset, Claudie Brouillet, Anne Gruand, Joël Couffignal, Marc Tregouet, Arnaud du Crest, Claude Besson.
Introduction :
La réunion avait pour objet de présenter les réflexions émises par plus de soixante personnes engagées dans l’Église, à la suite de la promulgation : « Point de Repères pour la gouvernance des paroisses » (septembre 2024), par Laurent Percerou, évêque de Nantes.
Appréciation générale : Nous n’avons pas été écoutés ; nous avons été entendus, poliment, mais pas écoutés, même si la rencontre s'est déroulée dans une bonne ambiance.
Sur la méthode, on avait prévu de reprendre point par point les différents thèmes (voir notre préparation) avec à chaque fois un échange après chaque point.
Laurent Percerou a considéré que ce serait trop lourd et a proposé de prendre les thèmes 2 par 2 ce que nous avons accepté.
La forme de la discussion et le nombre de personnes présentes ont empêché un vrai dialogue. En effet, si chacun·e de nous a pu exprimer clairement son point de vue en lisant le texte que nous avions préparé, les réponses que nous avons obtenues ne répondaient pas aux questions posées. Quand nous exprimions notre texte, celui-ci comprenait plusieurs points, soulevait plusieurs questions. Le fait que deux d’entre nous se soient exprimés à la suite a fait que de nombreuses questions ont été posées. Or, au moment des réponses données par l’évêque et ses collaborateurs et collaboratrices, seuls quelques points soulevés ont été traités ! De nombreuses questions soulevées sont ainsi restées sans réponse.
Ce qui a été dit
La méthode et le document :
Lorsqu’en introduction, nous avons a pointé les incohérences du planning (envoi de notre courrier le 1er avril, réponse tardive de l’évêque proposant une rencontre six mois plus tard le 25 septembre, alors que le texte a été promulgué le 25 juin et publié fin août), il n’y a pas eu de réponses et cela n’a suscité aucune réaction de leur part, aucune justification, aucun regret. Nous le vivons comme une forme de mépris. Mais nous pensons que nos interlocuteurs ne mesurent pas les effets de leur attitude face à de nombreux chrétiens qui ont pris le temps d’étudier le document avec sérieux, qui se sont réunis plusieurs fois, qui ont travaillé en groupe, fait une synthèse etc…
Équipe diocésaine
Ils ont juste répondu qu’ils avaient pris en compte toutes les remontées des groupes "Nous avons pris en compte les remontées du terrain. Il y a eu 8 groupes de travail qui ont travaillé dur, nous avons écouté les Équipes pastorales, les communautés…etc…")
Ils ont ajouté que nous n’étions pas les seuls et que certaines remontées trouvaient le texte « Points de repères pour la gouvernance des paroisses » « trop ouvert » contrairement à nous.
« Le document est évolutif et n'est qu'un moment d'un processus. Ce processus a été long et en fonction des retours du terrain. Ce processus synodal est basé sur des expériences et non sur des idées. »
« C'est un document ad experimentum. Il peut y avoir des évolutions.
Quand dans une paroisse, on demande aux chrétiens de se réunir pour faire des propositions, ils ne viennent pas. »
Notre équipe
Notre commentaire : Concernant le manque de participation aux temps de consultation/concertation, est-ce qu’on s’est posé la question « Pourquoi » ? Peut-être est-ce tout simplement qu’à force de ne pas être entendus, bien des chrétiens n’ont plus envie de s’investir et de perdre leur temps. Ils dépensent leurs énergies ailleurs.
Il y a aussi les délais et la transparence sur l'ordre du jour des assemblées. Quand on est invités trois semaines avant une date, qui plus est le premier jour des vacances, sans savoir exactement le motif de la rencontre, ça ne facilite pas la présence des participants qui ont une vie à côté.
Est-ce que l'on souhaite des paroissien·nes acteur·ices ou bien des consommateur·ices de sacrements ? Est-ce qu'on se focalise sur un nombre de participants à une cérémonie ou bien à la qualité des participants ?
Nous affirmons que notre réflexion est elle aussi basée sur des expériences vécues. Les retours du terrain que nous avons ne sont pas les mêmes que celles que vous annoncez, à travers les signataires du courrier qui sont engagés dans des paroisses et dans Mouvements et Services d’Église.
Question : Il n'y a pas de processus de révision et de suivi annoncé. Comment la révision se fera-t-elle ?
La coresponsabilité et la formation
Notre équipe : la coresponsabilité n'apparaît qu'une fois dans le document. Dans le texte vous ne parlez que de collaboration en vous s'appuyant sur le Canon 519, qui appuie le rôle du curé responsable.
Équipe diocésaine :
Notre vœu c'est de mettre les laïcs en coresponsabilité dans les paroisses.
Notre équipe : Cela n'apparaît pas du tout dans le document « Points de repères pour la gouvernance des paroisses » qui ne parle qu’une fois de co-responsabilité à la page 5, citant Benoît XVI. Le document ne donne à voir en aucun cas une coresponsabilité des laïcs.
Le texte fait apparaître que les laïcs sont donc des "collaborateurs", "au côté", "chargé d'épauler" pour "aider le curé à mieux vivre". C’est ce qui est écrit.
Question : Comment les curés en responsabilité pourrait-il interpréter le document au-delà de ce qui est écrit. Dès qu’il y aura une contestation, ils s’appuieront sur le document écrit. Comment sera réglé un conflit interne (il y en a eu et des personnes ont démissionné de l’EAP alors qu’ils avaient fait appel à une médiation, sans réponse)
Et comment être coresponsable avec un statut de salarié·e subordonné à l'autorité du curé ?
De quelle manière pensez-vous accompagner les curés pour qu’une vraie co-responsabilité laïcs/prêtres soit véritablement mise en œuvre dans les EAP, dans les Conseils Paroissiaux Missionnaires ?
La mission des EAP :
L’équipe diocésaine : Elle a évolué depuis le dernier document précédent
La formation
Équipe diocésaine : Des formations ont commencé pour les coordinateurs et les curés ensemble, par un organisme extérieur à l'organisation du diocèse.
Une école diocésaine de la mission est en projet, en s'appuyant sur le livre de Mgr Aveline, est prévue pour juin 2025.
Commentaire et question : Former avec une vision déformée de la réalité risque d'être peu efficace. Quel type de mission est proposé par le Congrès Mission qui aujourd’hui s’incarne dans plusieurs paroisses ? On est en droit de poser des questions. Exemple : L’équipe diocésaine « s’accueillir, foi et homosexualité » s’est vue refuser sa présence au congrès Mission. Une mission qui exclut n’est pas tout à fait conforme, à notre humble avis, à l’Évangile.
Question : Nous voulons faire, à priori, confiance à l’équipe qui va travailler sur l’école diocésaine de la mission. Cette équipe va-t-elle être représentative de différentes sensibilités ecclésiales ou va-t-on privilégier la théologie portée par les « Congrès Mission », mis en avant dans le diocèse.
Le rôle du curé selon le droit canon
Équipe diocésaine : Le canon 517-2 est un canon de pénurie, le canon normal c'est le 519.
Notre équipe : la pénurie, on y est !
Équipe diocésaine : mon but, (c’est l’Évêque qui parle) c'est de généraliser l'esprit du canon 517-2 dans le cadre du 519.
Notre équipe : Alors pourquoi ne pas l’avoir fait dès maintenant là où c’est possible, en créant des EAP de conduite comme c’était le cas dans le diocèse depuis plus de quinze ans. Et pourquoi imposer des curés là où des équipes ont eu l'habitude de fonctionner avec des modérateurs ? Cela a été perçu par beaucoup comme une "reprise en main".
Et pourquoi ne pas regarder la réalité en face ? En 2040, si l'on fait une projection linéaire de la population des prêtres en Loire-Atlantique, il n'y en aurait plus aucun, peut-être seulement quelques dizaines. La pénurie, on y est et dans 3 ans, ne sera-ce pas trop tard car bien des laïcs ne voudront plus s’investir ! Voir le tableau ci-dessous du nombre de prêtres diocésains, établi à partir des données du diocèse
Équipe diocésaine : il faut dépasser la contradiction entre canon 519 et canon 517-2 par un troisième terme, ne pas rester dans l'opposition, selon le principe dialectique de Hegel.
Notre équipe : C'est très joli, mais pas du tout développé dans le document. Et quitte à faire de la philosophie, on peut aussi réfléchir en termes de pensée complexe, faire coexister les deux modèles.
De même quand nous avons présenté la courbe de fréquentation des messes (ci-après) qui montre une augmentation du nombre de personnes aux messes quand on met en place le 517-2 dans une paroisse, il n’y a pas eu de réactions de l’équipe diocésaine.
Voir le graphique établi à partir des données du diocèse (documents ci-dessous):
On observe clairement une remontée de la fréquentation aux messes à partir de l’instauration du régime 517-2 dans la paroisse en 2009.
Les ministères institués
Équipe diocésaine : Un ministère institué de catéchiste a été ouvert aux femmes par le pape. Il y a différents statuts, ministères ordonnés (prêtres, diacres), ministères institués (LEME, funérailles), charges temporaires, il faut que l'on réfléchisse à l'organisation de tout cela. Un ministère institué est à vie.
Notre équipe La question n'est pas de faire rentrer chacun.e dans une catégorie, mais d’inventer pour une véritable co-responsabilité.
Questions suite à notre débriefing Pourquoi ne pas inventer dès maintenant des ministères laïcs comme le propose l’Instrumentum Laboris de la 2ème session du Synode ? « le document élargit le champ des questions impliquant les laïcs de manière plus générale, et propose la possibilité pour des hommes et des femmes laïcs formés de prêcher pendant la messe et d’étendre un certain nombre de ministères baptismaux qui sont distincts de l’ordre sacré.
Le document de travail note que, dans certains contextes, le droit de l’Église permet déjà aux laïcs d’être désignés pour coordonner les communautés ecclésiales, servir de ministres extraordinaires du baptême et participer aux mariages. » (Christopher Wite)
Des ministères laïcs avec des mandats définis (ne les appelons pas «institués » puisque vous dites que cela semble impossible). Inventons-le puisque que vous écrivez qu’il faut inventer : chargé de mission pour la prédication de la Parole, chargé de mission pour animer une communauté chrétienne etc… Que craignez-vous ?
Les équipes de proximité
Notre équipe : Les équipes fraternelles de proximité sont une proposition intéressante mais semblent limitées à la prière …
L’équipe diocésaine : Laurent Percerou conteste cette remarque à juste titre car tronquée, on développe ci-dessous.
L’équipe diocésaine : en 2002-2004 nous avions créé des équipes de proximité, représentées dans les EAP. On a arrêté parce que c'était trop lourd.
Commentaires et questions : Avez-vous étudié pourquoi c'était trop lourd ? Les équipes de proximité étaient-elles en plus de l'organisation hiérarchique de la paroisse, ou à la base d'une organisation non hiérarchique ?
Dans le document, les équipes de proximité sont qualifiées de "relais des paroisses en étant attentifs aux nouveaux arrivants, aux personnes en fragilité, aux familles dans le deuil " (Avoir la mission au cœur, 04/02/2024, page 9).
Cela correspond à la conception pyramidale de la paroisse, le curé en haut, les équipes en bas. Rappelons qu'une pyramide c'est un tombeau. Pour nous les équipes de proximité sont la base, la vie de la paroisse. C’est ce que nous voulions exprimer (mais nous n’en n’avons pas eu le temps) par les équipes d'animation locale qui prennent en charge la communauté du clocher, et organisent, entre autres, des célébrations dominicales de la Parole, comme cela se fait déjà par exemple à l’hôpital Saint Jacques. Un laïc est responsable de la communauté locale.
Des processus de concertation qui ne sont pas appliqués
Notre équipe: les curés composent leur EAP en fonction de leur propre réseau.
Si la mission des EAP a évolué comme l’a souligné l’Évêque, reste que c’est toujours le curé qui appelle comme c’est noté p.11 : « D’autres paroissiens, appelés par le curé ».
Certains d’entre nous avons été dans des EAP durant 6 ans et nous savons par expérience comment cela se passe dans un certain nombre de paroisses.
Aucune réaction de l’Équipe diocésaine.
Les mouvements
Notre équipe : Les mouvements n'ont pas de place de droit dans les Conseils Paroissiaux Missionnaires. Pourquoi ? Laurent Percerou reconnaît que la place des mouvements est sans doute insuffisante, et serait à reprendre.
Équipe diocésaine : Il faut y ajouter les congrégations religieuses.
Conclusion
Beaucoup de questions n’ont pas été abordées, comme entres autres le conseil paroissial missionnaire, la mise en place de formations à construire (animer des célébrations dominicales de la parole, formation à la pratique de l’homélie, formation à la gouvernance des paroisses). De même les questions soulevées dans l’Instrumentum Laboris pour la 2ème session du Synode qui invite à réfléchir à des ministères laïcs (prédication de la parole le dimanche, gouvernance des communautés locales etc… ) ou dans le propre document diocésain « Repères pour la gouvernance des paroisses » : « La coresponsabilité exige un changement de mentalité touchant, en particulier, au rôle des laïcs dans l’Église, qui doivent être considérés non comme des “ collaborateurs ” du clergé, mais comme des personnes réellement “ coresponsables ” de l’existence et de l’action de l’Église. Il est par conséquent important que se renforce un laïcat mûr et engagé, capable d’apporter sa contribution spécifique à la mission ecclésiale, dans le respect des ministères et des tâches que chacun a dans la vie de l’Église et toujours en communion cordiale avec les évêques. » (page 4). Rien ne nous semble aller dans ce sens par des mesures concrètes.
Nous faisons nôtre cette réflexion du théologien jésuite Christoph Théobald qui questionne la perspective avec laquelle l’épiscopat français aborde la question :
L’Église de France reste tributaire du schéma territorial de pays christianisé. Elle établit son maillage communautaire en fonction des prêtres disponibles et non à partir des communautés existantes. Tantôt elle importe des prêtres de ses anciens pays de mission, tantôt elle desserre le maillage territorial. Mais elle se refuse à penser sérieusement un changement de régime et à se laisser transformer par un nouvel esprit missionnaire, tel qu’il souffle dans les textes du pape François.[1]
Il ne s'agit donc pas de « faire une place » aux laïcs… » mais de changer de mentalité car « le cléricalisme est une théologie », comme le souligne Pascal Wintzer, ancien Archevêque de Poitiers. Il ajoute : « ce qui est systémique, ce ne sont pas les abus sexuels, mais c’est plutôt la structure organisationnelle de l’Église catholique ». (in Tracts Gallimard- Abus sexuels dans l’Église Catholique – p.8).
Question : Comment prenez-vous en compte cette réforme systémique que de nombreux théologiens et théologiennes appellent de leur vœu ?
Commentaire d’un participant à la réunion : « Je suis ressorti de cette réunion extrêmement déçu et frustré. J’ai l’impression que nos observations ne seront pas prises en compte, sauf peut-être ce qui a été soulevée à propos des mouvements et des communautés religieuses… c’est bien maigre ! Ce « dialogue » (?) de sourd est le contraire du « marcher ensemble » promu par notre Église. »
Toute l’équipe partage cette déception, cette frustration et cette conclusion.
Ultime réflexion :
Lors de la célébration d'ouverture de la seconde partie du Synode, la dernière figure cardinalice à s’exprimer a été le cardinal Christoph Schönborn, archevêque de Vienne en Autriche et théologien. Il a demandé pardon pour « tous les obstacles mis à la construction d’une Église vraiment synodale, symphonique, consciente d’être le peuple saint de Dieu marchant ensemble, reconnaissant sa commune dignité baptismale. »
« Je demande pardon, j'ai honte pour toutes les fois où nous n'avons pas écouté l'Esprit Saint, préférant nous écouter nous-mêmes, défendant des opinions et des idéologies qui blessent la communion de tous dans le Christ, attendue à la fin des temps par le Père. Je demande pardon, j'ai honte pour les fois où nous avons transformé l'autorité en pouvoir, en étouffant la pluralité, en n'écoutant pas les personnes, en rendant difficile la participation de tant de frères et sœurs à la mission de l'Église, en oubliant que nous sommes tous appelés dans l'histoire, par la foi dans le Christ, à devenir des pierres vivantes de l'unique temple de l'Esprit Saint. Pardonne-nous, Seigneur ».
Signé : Agathe Brosset, Claudie Brouillet, Anne Gruand, Joël Couffignal, Marc Tregouet, Arnaud du Crest, Claude Besson.
[1]Theobald, Christoph : Urgences pastorales, Bayard, 2018, page 118.
Préparation de la rencontre avec l'Evêque 25 septembre 2024