Une réflexion très intéressante de Jean-Claude Thomas sur le site de Saint-Merry-hors-les-murs dont nous reproduisons ici les dernières lignes qui rejoignent notre réflexion sur la foi (dans la lignée de Joseph Moingt).
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(…) fin de l’article de Jean-Claude Thomas
Qu’est-ce que Jésus appelle « la foi » ?
À la lumière de ces exemples, on pourrait dire que la foi selon Jésus,
c’est un élan de tout l’être vers ce qui n’est pas encore réalisé mais espéré,
en s’appuyant sur la parole ou la présence d’un autre,
c’est un élan de tout l’être mu par le désir,
c’est un élan habité par une confiance entreprenante.
Et cela ressemble beaucoup à la relation entre Jésus et son Père, cet élan de tout son être, habité par une confiance entreprenante et sans cesse renouvelée, nourrie d’écoute et d’accueil de l’Autre, confiance risquée jusqu’à la plongée dans l’obscurité, la souffrance et la mort.
La foi du Christ
Est-il légitime de parler de la foi du Christ ? Comme beaucoup, avant de découvrir un petit livre de Urs von Balthasar portant ce titre, j’étais plus habitué à parler de « la foi en Jésus Christ » que de « la foi du Christ ». Un peu naïvement sans doute, il me semblait que, s’il était « Fils de Dieu » cela le dispensait du besoin d’« avoir la foi ».
Intrigué, j’ai ouvert ce livre et je l’ai lu avec de plus en plus d’intérêt. C’est une plongée au cœur des Évangiles, au cœur de l’humanité de Jésus et du mystère de l’incarnation. Urs von Balthasar écrit :
« La foi… Jésus l’a vécu mieux que quiconque : fidélité du Fils de l’homme à son Père donnée une fois pour toutes et renouvelée à chaque instant du temps; préférence inconditionnelle du Père, de son être, de son amour, de sa volonté et de son commandement, par-dessus tous les désirs et les inclinations propres; la persévérance inébranlable dans cette volonté, quoi qu’il advienne; et par-dessus tout la disponibilité entre les mains du Père, le refus de vouloir connaître l’heure à l’avance et de la devancer. La foi chrétienne ne peut se concevoir autrement que comme ce qui nous introduit dans l’attitude la plus profonde de Jésus ».
(La foi du Christ, p. 27–30, 48-49)
Sans garantie
Joseph Moingt nous entraîne encore plus loin dans cette découverte d’une forme de foi vécue à la suite du Christ. Il reprend une expression paradoxale : « la certitude de la foi est interruption de garantie ». Il écrit :
« Jésus … a lui-même exprimé sa confiance en Dieu dans le paradoxe qu’il faut “perdre sa vie pour la sauver”, et … l’interruption de garantie est une tâche obligatoire pour favoriser la rencontre entre le Dieu libre et l’homme à rendre libre. Jésus, en effet, qui s’était senti abandonné de Dieu sur le plan de sa mission historique et de son avenir de vie, lui a néanmoins fait confiance jusqu’au bout, jusqu’à lui abandonner sa vie en retour, et s’il s’est présenté devant lui, en toute faiblesse et nudité, sans pouvoir se prévaloir d’aucune garantie, ni d’avoir mené sa mission à bon terme ni de bénéficier du bon témoignage de la Loi, sans autre certitude que la confiance qu’il mettait en Dieu ; c’est sur elle seule que se fonde notre foi, dans un pareil dénuement, et d’elle qu’est venu le salut, car Dieu n’a pas failli à celui qui se fiait à lui. Dans cette suspension de toutes garanties s’est produit … la révélation du salut se frayant impérieusement un passage à travers l’histoire des religions et s’en dégageant pour émerger en Jésus, écartant brutalement de son chemin les garanties de salut que les hommes de tous les temps cherchaient dans les religions ».
(Dieu qui vient à l’homme, T 2, vol. 1. pp. 461-462)
Une totale gratuité et une totale liberté de part et d’autre.
L’adhésion (adhésion est le sens premier du mot foi en hébreu) au Père n’est ni une garantie ni une assurance mais ouvre un espace où l’amour peut librement se déployer. La foi se nourrit de découvertes, de paroles accueillies et savourées, d’intuitions partagées, d’écoute et de silence.
Mais elle est aussi synonyme de risque assumé, de confiance donnée.
Plutôt que « père des croyants », au sens des adeptes des trois religions monothéistes, il serait
plus exact de reconnaître Abraham comme le père de ceux qui partagent cette « foi nomade ».
En marchant en montagne, sur une plage ou dans un chemin creux, nous pouvons nous souvenir de lui comme d’un compagnon, ami de Dieu et des hommes, dont la foi consiste à suivre le Dieu qui est en marche à travers le temps et qui nous ouvre la route, sans qu’on puisse savoir d’avance où elle mène.
Jean-Claude Thomas