Merci à la revue Esprit d’avoir publié en accès libre cet article particulièrement important (numéro de septembre 2024). L’auteur, Pierre-Louis Choquet est chargé de recherche à l’Institut de recherche pour le développement. Il a notamment publié, avec Jean-Victor Élie et Anne Guillard, Plaidoyer pour un nouvel engagement chrétien (Éditions de l’Atelier, 2017).
Pierre-Louis Choquet (qui était venu il y a quelques années donner une conférence pour la CCB44) écrit : « Comment expliquer le silence presque généralisé des évêques face au risque d’accession au pouvoir du RN, au début de l’été 20241 ? Celui-ci ne serait-il pas l’indice d’une incapacité croissante à analyser les mutations actuelles du politique, à se situer vis-à-vis d’elles et à les dénoncer clairement, au nom de la foi chrétienne, lorsque les circonstances l’exigent ? »
Beaucoup d’observateurs ont relevé la très grande prudence de la conférence épiscopale suite aux victoires du RN dans les urnes les 9 et 30 juin 2024. Cette attitude tient notamment, d’une part, à la dépendance structurelle à l’État pour le financement des lieux de culte et de l’enseignement privé sous contrat ; d’autre part, à l’influence croissante de deux milliardaires d’extrême droite, Vincent Bolloré et Pierre-Édouard Stérin.
Ces deux derniers mois, le cycle politique qui s’est ouvert avec la large victoire du Rassemblement national (RN) lors des élections européennes, poursuivi avec la dissolution de l’Assemblée nationale et enfin achevé avec les élections législatives a marqué un tournant dans l’histoire de la Ve République. Nous sommes entrés dans une période d’incertitude, où l’instabilité politique aura probablement pour effet, à court terme, de renforcer l’attrait de la « promesse d’ordre » qui fait déjà le succès du RN. S’il a été mis en déroute au second tour du 7 juillet grâce au maintien du front républicain, le parti lepéniste n’en a pas moins recueilli plus de 10 millions de voix, soit 37% des suffrages exprimés. Il faut donc, plus que jamais, l’imaginer au pouvoir, disposant d’une majorité et des moyens de gouverner. Favorisées par les cadrages médiatiques et les algorithmes des réseaux sociaux, ses idées ont, du reste, déjà largement polarisé le débat public et imprégné les imaginaires collectifs.